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Poèmes inspirés par des oeuvres d’art

mercredi 25 mai 2016, par Mme Chagnon

Voici quelques poèmes rédigés en cours de français par des élèves de seconde dans le cadre d’un travail de recherche au Centre de Documentation sur les liens entre littérature et peinture à l’intérieur d’un même mouvement artistique.
Ce travail a permis :
- une approche historique et culturelle d’une œuvre d’art
- une confrontation de cette œuvre avec un poème issu du même mouvement
- une écriture d’invention

Chagall, Le concert (1957)

Forêt des guerres

Je suis cerné de toute part en des terres inconnues
Les arbres autour de moi frémissent sous des feux d’artifice
Des lémuriens m’encerclent et, autour de moi, poussent des cris
Stridents comme le sifflement d’une lame de sel brisée.

Terres pluvieuses
Terres brûlées
Foudre joyeuse
Foudre empressée
La chaleur du soleil me brûle
Les animaux sauvages t’observent

J’observe les animaux sauvages
Quoi de mieux qu’ils vinssent de la terre
Ciguë tachetée qui opère
Lémuriens acharnés et maudits
Grâce à cette haine soudaine, on va jusqu’à s’entre-chasser
Vils lémuriens qui, oppressés, deviennent prisonniers à vie
dans cette course infinie il y a cette peur que tu connais
Et qui ne cessera jamais.


Dali, La persistance de la mémoire (1931)

L’inévitable

Le ciel, le vent, les nuages,
Les montagnes, la terre, la roche,
Tout ce monde s’en va à la nage
Comme si la fin leur était proche

Les aiguilles tournent à sens contraire
Ce temps qui dure, qui dure,
Les aiguilles regardent en arrière
Fondantes, coulantes, le long du mur

A peine seize ans et déjà presque le quart d’une vie
Que les jours, les heures, les secondes s’arrêtent, s’arrêtent
Voilà l’enfant qui s’enfuit petit à petit
Emportant avec lui fous rires, rêves et ses couettes


Braque, Le port d’Anvers (1906)

Du port à la mer

Du mistral à l’écume légère
Ceux-là qui réchauffent notre cœur
Et dans lesquels on jette des pierres
Nous ôtant ces sensations de peur
Cette frontière illimitée
Connue sous le nom d’océan
Faisait comme si le temps s’arrêtait
Et que l’espace d’un court moment
Puisse nous ramener en enfance
Juste le temps pour qu’on y pense


Ernst, Les phases de la nuit (1946)

Le jour se lève mais je ne me réveille pas
Je reste dans mes pensées qui ne s’en vont pas
Je rêve que je rêve et dans l’infini
Je fuis la lumière et reste dans la nuit
Cette claire obscurité qu’on finit par oublier
Me dévoile un monde où rien n’est limité
Sur l’océan de mes rêves, je m’aventure
Oubliant jusqu’à ma vie pour que cet instant perdure
Mais dans cette harmonie le corps se réveille
Et tient à tout prix à ce que je fasse pareil
Mes yeux restent fermés mais luttent pour s’ouvrir
Ma conscience éveillée me pousse à revenir
Je me sens partir et une lumière m’éblouit
Elle tente par tout moyen de me tirer du lit
j’essaie d’imprimer mes rêves qui partent déjà
mais mes yeux sont ouverts et c’est trop tard pour moi
Dans un dernier effort je vois quelques ombres
Comme un arbre grand prince sous la lune d’été
orné de mille épines il se laisse emporter
Jusqu’à disparaître dans une fumée sombre
Je tente vainement de me le rappeler
Mais la nuit est finie et je suis réveillé


Marquet, Le Quai des Grands Augustins (1905)

Havre de paix

Dans la brume bleutée,
Sous un ciel étoilé,
De lents navires voguaient
Sur un fleuve en paix.

La Seine, eau majestueuse,
Soumettait les péniches à ses désirs
La Seine, mère des plaisirs,
Comblait les âmes si amoureuses.

Les feuilles des arbres dans la faible clarté
Annonçaient l’automne trop vite arrivé.
Parsemé de verdure, le fleuve était sombre.

Le pont, monarque des eaux,
Qui au loin projetait son ombre
Surplombait, sublimait, dominait les flots.


Friedrich, Le tombeau de Hutten (1823)

Je me rends sur ta tombe à l’aurore
Et je me souviens de ton regard d’or.
La splendide lumière sortant des fenêtres
Me donne envie de te voir renaître.

Le souvenir de ton doux visage
Me rappelle que l’amour n’a pas d’âge
Ta beauté que je ne peux oublier
Suscite en moi un chagrin désespéré.

Jour après jour, le temps passe
Et mes souvenirs s’effacent
Pourquoi a-t-il fallu que tu meures
En emportant avec toi mon cœur ?


Friedrich, Sur le voilier (1819)

Nostalgie

Ainsi nous partons à l’aurore
Où la quête de liberté
Et la recherche d’un trésor
Nous ont emportés loin du port.
Si seulement la voûte dorée
Cachait un mode de beauté
Seule la toile de notre âge
Serait tissée par les grands mages ;
Et comme nos douces pensées
Nous poussent loin de l’Odyssée,
Malgré le risque d’un naufrage
Nous osons dire avec courage

Adieu.


Magritte, La grande famille (1947)

Paix

Sur l’océan qui s’enflamme
Dans le ciel terre à terre
Sur la pluie qui s’assèche
Je te répands dans le monde

Sur les nuages de rêves
Sur l’envol couleur ivoire
D’une colombe étincelante
Je te répands dans le monde

Sur le sang chaud de ton cœur
Qui se déverse sur mes armes
Sur le feu qui brûle tes lèvres
Je te répands dans le monde

Et par un cri désespéré
Le vent te porte jusqu’aux cieux
Je suis né à tes côtés et compte bien le rester

Paix.


Halsman, Mad Isolde (1944)

Argentique

un reflet brisé de lignes sinueuses
un éclair de lune ondoyant au fusain
elle est de symphonie ses cheveux encordés
par les ondes lunaires des rayons transparents
elle siffle du vif-argent
croissant de rivière jumelée à du feu
ses ongles cartographiés trottant sur de la soie
montant en bas au pas
nos miroirs scintillants d’hétérogénéité
quelques astéroïdes coulant de pétrichor
t’amènent déité de vermeil


Manet, Olympia (1863)

Nymphomanie insulaire

Après une nuit où les étoiles sourient
Et quand tes yeux reflètent mon âme envoutée
Ta chair que je n’ai de cesse de dévorer,
Ton sein réconfortant, m’offre un divin abri.

Quand tes yeux, brasiers de la flamme qui anime,
Et quand mon âme, emplie de ton odeur torride,
Respirent tes pensées, tel un désert aride,
Tes trésors secrets devenus pour moi un hymne.

Sur des montagnes ton amour me transportait
La chaleur sur mon cou, le vent frai des sommets
Nous étions là-bas des oiseaux de paradis.

Lorsque la voûte de tes courbes enchantées
Illumine ton frêle corps, las, endormi
Avec ardeur, ton regard m’emporte, embrasé.

Manet, Un bar aux Folies Bergères (1882)

La femme aux roses

Dans ce sanctuaire de l’excès et de l’ivresse,
Se remplissent chaque soir d’un flot abondant
De nouveaux bipèdes sans honneur ni talent ;
Chacun leur tour, ils abusent de leurs maîtresses.

Et le regard glacé de cette jeune femme
Qui me fixe et paraît me congeler le sang,
Toute de noir vêtue et le teint blanchissant,
Ignore la foule et semble garder ses larmes.

Le parfum des roses logées sur la poitrine
A la douce odeur semble raviver la flamme
De cette délicate jeunesse sans âme.


Edouard Manet, Nana (1877)

Femme, ô femme grande et sublime
Vêtue de ton bel habit bleu
Et de cette beauté ultime
Qui nourrit l’amour par le feu,

Toi qui m’inspires tant de joie
De mots et de phrases et de vers
Ton amour me porte et déploie
Cette promesse familière.

Mon âme se demande souvent
Si tu sens ces mots qui me portent
Indispensables et fascinants
Tes yeux uniques me transportent

Dans cet ailleurs qui est le tien.
Ton regard lointain m’y emmène,
Ta douceur me prend par la main
Et grâce à toi j’écris sans peine.

Femme, ô femme grande et sublime
Tu es ma muse tu es mon âme
Et avec ta beauté ultime
Tu nourris l’amour par le feu.


René Magritte, Les amants (1928)

Relations amoureuses

C’est le visage couvert d’un voile d’émotion
Que les amants parcourent le monde
Embrassant de leur passion des paysages immondes

De leurs jeunes yeux aveuglés
Par le drap ample des sentiments
Ils se contemplent enivrés de belles pensées
Cherchant leur reflet dans l’âme de l’être aimé

Le visage étouffé du voile de la routine
Les amants d’un lourd pas mélancolique
Errent dans leurs foyers comme de tristes alcooliques
Si las de leur vie où se répète la même comptine

Ils ont vu ce qu’ils n’auraient dû voir
En plongeant leurs yeux dans le désespoir de l’âme
Envolés les rêves de beauté, d’amour et d’ivoire

Côte à côte les amants se maintiennent
Peu importe notre malheur, songent-ils, qu’à cela ne tienne
Montrons-leur, montrons-leur comment l’on s’aime

Accablés de tourments, ils affichent un long sourire
Dissimulant aux gens l’extinction de leur désir
Ensemble ils se tiennent, ensemble et pourtant si seules
Se trouvent leurs âmes emprisonnées d’un linceul.


Magritte, Les vacances de Hegel (1959)

Eau delà d’errev

Symétrie de parapluie à baleines à bosses
"Vois-tu bien mon expérience ?"
Verre liquide ébouillanté de glace,
Fiole d’un soluté aqueux équilibriste
Sans souci froid
Normandie rouge à roseaux et tissu
"Dupont, garde ton instrument dépliant !"
Son frère le melon, ensembles accordés,
Viennent braver cette pluie sèche d’eau.
Ère de trêve après le train du subconscient
Venu parodier la vie dans ta fournaise,
Vacances ratées pour sûr dans ton cœur.


Paul Gauguin, La ronde des petites Bretonnes

Dimanche de gaîté

Chaque dimanche,
Une quinzaine de marmots,
Chaussés de gros sabots,
Se tenaient par la manche,
En dansant sur les flots
D’avoine.

Les enfants respiraient l’odeur des sentiers ocreux,
D’un pas silencieux,
Rythmé par le vent,
Tels des ignorants,
Redonnant un sens à leurs vies,
Sans jamais connaître l’envie.

Cette terre maternelle
Ne devenait que plus belle
Quand retentissaient les cloches de midi
Toutes en harmonie.
Dans cette campagne adorée,
Que règne donc la gaîté !


Gustave Moreau, L’Apparition

Paisiblement

Ornée de bijoux somptueux sur son corps nu,
La douce destinée, vêtue uniquement
De sa sublime parure qui est conçue
De constellations semblables à des diamants,

Semblait l’objet de tous les désirs possibles
Et, de son regard surprenant et pénétrant,
Elle fixait l’homme qu’elle avait pris pour cible :
De cette fusion naquit un enchantement.

Cerclée de la sainte couronne platinée,
D’ordinaire exposée sur un plateau d’argent,
La tête de l’humble martyr est déchirée,
Elle flotte en ce lieu funeste - paisiblement.


Moreau, Orphée sur la tombe d’Eurydice

La lune pâle luit
De son faible éclat.
Telle une forte pluie
La mort s’abat.

Le zéphyr souffle et
S’empare de mon âme
La nature souffre et
Crie la fin d’une femme.

Cette flamme
Porte l’espoir.
Le bois
Porte mon désespoir.

C’est le moment où mes pensées, au fond du lac, se noient.


Courbet, Portrait de Charles Baudelaire

Otium

La fumée est l’inspiration :
Aussitôt surgie, elle file,
La maîtrise en est difficile,
Elle est source de création.

La plume est l’outil d’invention :
Avec elle, il faut être habile,
A moins d’aimer vivre en exil
Ou risquer la condamnation.

L’auteur puise en moi le génie.
Ses pensées mûrissent d’heure en heure,
Du bonheur au pire malheur.

De la détente vient l’écrit.
Les mots viennent aussi du chagrin.
Nombre d’auteurs n’y peuvent rien.


Edouard Manet, Le Kearsarge à Boulogne (1864)

Souvent sur tes galets, j’ai parcouru tes plages.
Tu me faisais rêver par ton immensité.
Je venais le matin pour ou te contempler
Ou chercher de l’air pur ou voir tes coquillages.

Un jour tu es partie mais tu es revenue.
Moi je ne savais pas que tu pouvais partir
Et que six heures après tu pouvais revenir
Surprise ! Quand je t’ai vue jaillir dessous les nues,

Alors là j’ai compris que c’était la marée
Qui te poussait au large et puis te ramenait.
Moi, je me promenais en pensant : je le sais,
C’est la lune qui influe sur ton calendrier.

Depuis la nuit des temps pour l’homme tu es mystère,
Tu mélanges ton bleu avec celui du ciel
Mais sur notre planète rien n’est artificiel,
Tu es la mer de tous les enfants de la Terre.


Turner, Lever du soleil sur Venise vu de la Giudecca (1819)

Il existe une cité

Il existe une cité
Cachée dans l’eau turquoise,
Légèrement effleurée
Par les voiles qui pavoisent,

Doucement perturbée
Par les ondes des barques,
La nuit, illuminée
Par Diane et son arc.

Il existe une cité
Perdue dans les vagues.
Dans le ciel orangé,
Des aigrettes divaguent.

On peut distinguer
Des mâts à l’horizon.
La nuit ils seront guidés
Par la ceinture d’Orion.


Caspar David Friedrich, Femme devant le coucher de soleil (1818)

La savane

O toi qui contemples le lever du soleil
O toi que l’on compare à une merveille
Dans cette savane miroir de la gloire

Toi majestueuse palette de couleurs
Toi qui assouvis tous les désirs de mon coeur
Dans cette savane qui me donne tant d’espoir

Toi que l’on reconnaît à travers l’Afrique
Toi avec ces paysages si désertiques
Dans cette savane où seule règne la femme

O toi qui permets de garder les pieds sur terre
O toi qui aimes tant cacher tes mystères
Dans cette savane où brûlent les âmes.


Robert Delaunay, Les fenêtres simultanées (1912)

Paris

D’une fenêtre ouverte je t’aperçois
Toi qui de ta couleur illumines la ville
Toi qui de ta grandeur dépasses les cimes
Des arbres majestueux arpentant les rues
De cette splendide ville au ciel couvert bleu
Un bleu si paisible et en même temps si vieux
Le bleu de Paris
Ce bleu merveilleux


Edouard Manet, Le Balcon (1869)

O toi homme muet à la cravate bleue
Que regardes-tu dans ton mutisme sans fin ?
Quel secret caches-tu par cet air malheureux ?
Qu’essayes-tu de dissimuler dans ta main ?
Est-ce cet été si beau qui te rend si vieux ?

Jeune fille qui penses à ton compagnon,
Toi à l’habit si merveilleux d’une bourgeoise,
Ton regard vide cache tes beaux yeux marron.
Fille dont j’aimerais que le regard me croise
Mais cette histoire n’est qu’imagination.

Eh toi, avec sur la tête un hortensia,
L’éclat de ton teint préservé par ton ombrelle,
Tu es la seule à éprouver un peu de joie.
A côté de ces nuages, tu es le ciel !
Telle beauté devrait se marier au roi !

Ces visages et toutes ces émotions
Sont la description d’un si riche balcon.


Odilon Redon, L’Araignée qui sourit (1881)

O bête, toi qui inquiètes de pauvres gens
Et qui dans la nuit te faufiles lentement
Telle une haleine insupportable qui souffle et glace
Et fait mourir ceux qui te voient de face.

Es-tu bonne ou mauvaise, Aragne énigmatique ?
Ton sourire a le charme vrai de la damoiselle
Bien que ton corps soir d’un aspect problématique !
Et que tes pattes soient des aiguilles de fiel !


Gustave Courbet, Le Bord de la mer à Palavas (1854)

Salut à vous, ô flots, ô vastes océans,
En vous se trouve enfin le fond de mon destin,
Vous me faites pâlir, tel un grand accident,
Mon destin est inscrit au fond de votre main.

Votre main faite d’eau, de vent et de soleil,
Voulant vous démontrer la puissance éternelle
Et la force du monde à nulle autre pareille,
Nous annonce déjà l’azur roi dans le Ciel.


Caspard David Friedrich, Moine au bord de la mer (1810)

Seul, debout dans le vent,
Humide, glacial,
Contemplant cette étendue, cet océan
Mon coeur s’apaise en voyant le littoral.

Tonnerre, rugissements,
Vagues et écume,
Que de colère dans vos sombres grondements,
Que d’édifiante beauté dans vos brumes !

Grands écueils anguleux
Sur lesquels se brisent,
En grands éclats argentés, les larmes de Dieu
Quand l’homme fait couler le sang dans sa bêtise !

La grève, balayée
Par l’ouragan furieux
Attire mon regard bleu, par Toi exalté
Devant ce spectacle, je me sens plus pieux.


Odilon Redon, Le corbeau (1882)

Oiseau majestueux et sombre
De plumes noirs et de sang
Oiseau qui tapi dans l’ombre
Et d’un battement d’ailes lent
Cherche des proies dans la pénombre
Qu’il déchire de son bec noir
Qui jamais de sang n’est taché
Dans la pleine lune se noie l’espoir
D’un jour être enfin libéré
Dans ses yeux rouges une larme
De peine, de rage, de haine
Car jamais il n’oubliera
Quand tu regardes au fond de l’abîme
L’abîme aussi regarde au fond de toi.


Picasso, Guernica (1937)

La tombe