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Nos élèves ont beaucoup de talent !

dimanche 5 avril 2015, par Mme TILLIER


L’Autre est un roman dont l’auteur est une adolescente de 15 ans, Louise Ferbach, écrivain authentique, dont beaucoup de professeurs et d’élèves du Lycée Alain connaissent la plume subtile.
L’Autre de Louise Ferbach,(TS6) chez l’Ill éditions – publié à compte d’auteur et illustré par Elise Levé (TS6)...

Monsieur Biotteau, professeur de français passionné de littérature, nous livre ici ses impressions.

Deux maudits s’attirent tels des aimants noirs et s’aiment jusqu’à l’incandescence, mais à la manière de la glace. Ces maudits vivent dans un désert - notre monde, dans un lycée rappelant parfois le nôtre - une passion brûlante, en souffrant, en faisant souffrir, en détruisant et en se détruisant. Ce sont deux créatures tragiques ; leur destin est annoncé, inéluctable, perdu.

Qu’est-ce s’aimer quand on est maudit ? Question à laquelle répond Louise Ferbach. Il n’y a pas de vie sans passion, de passion sans souffrance. La passion est un brasier mortel où se précipitent, couverts de sang, un garçon et une fille dépassés par leur désir. L’Autre est un roman de l’extrême, une tragédie gothique où les adultes sont repoussés dans les ténèbres extérieures, pâles témoins impuissants de l’embrasement physique et métaphysique qui tourmente et consume les âmes damnées de Marie et d’Antonin. Les autres adolescents, eux aussi, peu à peu s’effacent pour laisser place au couple démesuré des tempêtes ravageuses. La passion exclut le monde !

Antonin est en proie à un affreux dilemme. En quête de l’impossible fusion, Marie, dont le prénom est une antiphrase (après tout, dirait l’auteur, Marie est l’anagramme d’aimer), donne libre cours à un déchaînement de violence qui n’a d’égal que les tragédies antiques les plus glaçantes, je pense aux Bacchantes d’Euripide. Le sacrifice est consommé sur l’autel du désir inassouvi ! Les corps restent purs ; les héros restent vierges, incapables de consommer charnellement leur amour, ce qui n’est pas l’une des moindres originalités de ce roman admirable de déraison.

La pureté existe aussi en enfer, on peut y tomber vierge, semble nous dire l’auteur, dont l’héroïne, jeune fille homicide, manipulatrice, exterminatrice pour qui ose s’opposer à l’empire de son désir inflammable, relègue le sombre Heathcliff d’Emily Brontë, au rang d’ange de miséricorde. « Prends garde à toi si tu m’aimes. Prends garde à toi si tu ne m’aimes pas ! » Il n’y a pas d’issue.

L’Autre est plus qu’un roman, c’est un poème en prose, admirablement construit, magistralement écrit, prouesse qui, aujourd’hui, mérite d’être soulignée, un texte incantatoire, aux refrains obsessionnels, aux énergies ténébreuses , au romantisme échevelé et tragique, aux thèmes récurrents.

Une allégorie de l’âme adolescente, ce combustible qui ne connaît pas encore le mot concession.

Christophe Biotteau